Parc national de la Vanoise
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Le 28/08/2018
Flore
Les bryophytes, ou plus communément « mousses », sont de petites plantes qui passent inaperçues mais c'est en grande partie grâce à leur émergence, il y a plus de 400 millions d'années, que notre atmosphère est respirable. Véritables pionniers, leur installation permet la création d'un micro-sol indispensable à l'installation d'autres végétaux sur un milieu majoritairement minéral !
Drepanocladus turgescens
marais calcaires d'altitude
Le suivi de terrain

Drepanocladus turgescens, une relicte glaciaire

Le Parc national de la Vanoise, territoire aux habitats et altitudes très variés, possède une responsabilité toute particulière vis-à-vis de la conservation d'espèces relictuelles, héritées de la dernière glaciation. En France, c'est sans doute l'espace protégé qui abrite le plus grand nombre d'espèces arctico-alpines* parmi les vertébrés (le lagopède alpin, le lièvre variable), les insectes (le grand apollon), ou les plantes (la silène acaule ou encore la laîche des glaciers).

En Vanoise, les études et suivis concernaient jusqu'à présent majoritairement la faune et les plantes à fleurs. En 2018, le Parc national a initié l'étude d'une mousse arctico-alpine, Drepanocladus turgescens, dont l'essentiel des populations françaises connues est localisé dans le cœur du Parc.

 

Actualisation de l'aire de répartition

Assez facilement reconnaissable par ses rameaux renflés, réguliers, vert doré, Drepanocladus turgescens se développe typiquement dans des marais calcaires d'altitude que les botanistes classent parmi les groupements végétaux des Caricetalia davallianae. Ce sont des zones humides où l'eau affleure, couvertes de mousses aux teintes brunes et d'une végétation composée de joncs, laîches, linaigrettes et de plantes aux fleurs plus colorées comme certaines orchidées.

L'actualisation de la distribution en Vanoise de Drepanocladus turgescens est possible par l'analyse et la synthèse de différentes données : la bibliographie, l'étude des herbiers dont les collections très riches ont été mises à disposition par le Muséum national d'histoire naturelle et les prospections sur le terrain. Comme le montre l'image ci-dessous Drepanocladus turgescens a été récolté en Vanoise dès 1884 ! La mousse a pu être retrouvée sur plusieurs sites historiques et la cartographie actualisée.

Herbier du MNHN
Carte de répartition mondiale
Carte de répartition en France

Reproduction, écologie et dynamique

De nombreuses questions sont étudiées pour mieux connaître cette mousse. Nous n'avons jamais observé en Vanoise de plantes fertiles présentant des capsules où sont produites les spores. Nous savons que les plantes sont dioïques (un individu porte soit des organes mâles soit des organes femelles)... Comment cette sexualité est répartie sur les plantes de Vanoise ? Dans quels types de micro-habitats cette mousse est présente ? Comment s'installe-t-elle ? Est-ce vraiment une espèce pionnière ? Quelle est la dynamique des populations au fil du temps ? Pourquoi disparaît-elle à certains endroits ? Supporte-t-elle la compétition ? Autant d'interrogations qu'il faudra tenter de résoudre par de nombreuses observations et relevés sur le terrain et d'analyses statistiques au bureau !

Les réponses ou les hypothèses permettront de mieux appréhender la préservation du milieu de vie de cette composante, toute petite, mais en tout point remarquable de notre patrimoine ! Les données récoltées en 2018 permettront peut-être un suivi qui, dans le contexte du réchauffement climatique global, pourra être révélateur de l'évolution des milieux humides si fragiles et menacés qui abritent Drepanocladus turgescens.

 

*Les espèces arctico-alpines, se rencontrent aujourd’hui sur des zones pour l’essentiel recouvertes de glace lors du dernier maximum glaciaire il y a 12000 ans, comme les montagnes européennes (Alpes, Pyrénées, Massif central, mais aussi les Balkans) et la zone arctique.