Parc national de la Vanoise
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Le 07/04/2022
Patrimoine culturel
Depuis quand l'être humain fréquente-t-il le massif de la Vanoise ? Comment se déplaçait-il et par quels cheminements ? Pour quelles raisons, quels besoins ? Les terrains dégagés peu à peu par la fonte massive des glaciers peuvent révéler des indices précieux, mais fragiles. La recherche, la préservation et l'étude de ces vestiges ressemble à une course contre le temps.
Prospection pédestre sous le col de la Lose à Val d’Isère, dans les dernières reliques glaciaires sous les crêtes | © Valentin Lafont

Prospection pédestre sous le col de la Lose à Val d’Isère, dans les dernières reliques glaciaires sous les crêtes | © Valentin Lafont

Témoignages révélés par la fonte des glaces

Les glaciers des Alpes ont beaucoup fluctué au cours des siècles : avant la période de retrait que nous connaissons aujourd’hui, commencée dès la fin du 19e siècle et qui s'accélère depuis la fin du 20e, il y eut ce que l'on appelle le Petit Âge glaciaire, s'étendant de la fin du 13e au milieu du 19e siècle, avec des températures plus froides et des avancées massives des glaces.

À l'époque romaine (du 1er siècle avant au 4e siècle de notre ère) on estime que le climat était assez similaire au nôtre, avec un étiage comparable des glaciers.

Au fil du temps, ceux-ci tour à tour "avalent" les matériaux qui s'y déposent ou bien au contraire les "recrachent", et dans l'intervalle les malaxent, les broient au gré de la reptation de la glace.

Des hommes qui n'avaient pas froid aux yeux

Les humains traversent les Alpes en tous sens depuis des temps immémoriaux, jusqu'à il y a plus de 5.000 ans au Néolithique. Il est donc légitime de penser que de nombreux vestiges pourraient subsister, en particulier auprès des cols de haute montagne, s’ils ont été ensevelis par les glaces avant de revenir peu à peu au jour avec leur fonte.

Partant de ce constat, Éric Thirault (professeur de Préhistoire, Université Lumière Lyon 2 et membre du laboratoire UMR 5138 ArAr "Archéologie et Archéométrie") prospecte les cols des Alpes à la recherche d'indices du passage des humains.

Après avoir investigué dans la haute vallée d'Avérole (Bessans, rive gauche de l'Arc) notamment au col de l'Autaret ou sur le passage du Colerin, il a commencé à prospecter dans le cœur du Parc national de la Vanoise au cours de l’été 2021, en arpentant avec son équipe les cols de la Galise, de la Lose et de la Vache (Val d’Isère), sur la crête faisant limite avec le Parc national du Grand Paradis. Plusieurs indices de présence ont été collectés, notamment à la Galise et dans une petite dépression sous le col de la Lose. Une nouvelle campagne de prospection est prévue en été 2022, sur ces mêmes cols, ainsi que les cols de Chavière et d'Aussois, anciens chemins de traverse reliant Maurienne et Tarentaise.

Vue in situ d’une crémaillère découverte sous le col de l’Autaret à Bessans, datée entre 780 et 980 de notre ère | © Éric Thirault.

Petits débris qui peuvent en dire long

Un probable fragment d’arc découvert sous le col de la Lose, datation en cours | © Valentin Lafont

La grande majorité des découvertes n'est pas spectaculaire : il s'agit souvent de débris de bois, portant des marques plus ou moins évidentes dues à l'Homme ; plus rarement des fragments de cuir, céramique ou métal. Des objets ont pu être perdus en cours de route, laissés là après un accident ou encore délibérément abandonnés en haut des cols, comme des jalons balisant le passage ou peut-être aussi avec une fonction de protection (à l'instar des croix chrétiennes que l'on rencontre encore aujourd'hui sur de très nombreux cols et sommets).

Ces vestiges sont souvent très difficiles à dater par leur forme et leur fonction supposée, certains ayant très peu évolué dans leur conception et fabrication entre la période romaine et le 18e ou même le 19e siècle. Des datations au radiocarbone sont en cours pour certains de ces objets, tandis que quelques autres ont déjà été certifiés remonter à l'âge du Bronze.

Aussitôt mis au jour, aussitôt collectés

Malgré la difficulté des prospections à ces altitudes, il y a une certaine urgence car la mise au jour et l’exposition de ces témoins du passé aux rigueurs du climat les met en péril, notamment par dessication.

La découverte de ces antiques vestiges permet de documenter les déplacements humains à travers les cols de haute montagne depuis des temps immémoriaux, de leur donner une réalité tangible, aide à les cartographier et à mieux comprendre les conditions dans lesquelles ils étaient entrepris.

Que faire en cas de découverte d'un objet potentiellement ancien
mis au jour par le retrait des glaces ?

La découverte d’objets anciens en montagne doit être déclarée auprès du Service régional de l’Archéologie de la région Auvergne-Rhône-Alpes à Lyon. Vous pouvez aussi contacter la Conservation départementale du Patrimoine de la Savoie à Chambéry ou E. Thirault (eric.thirault@mom.fr).

Sur place, prenez des photographies de situation, des vues rapprochées avec une échelle graduée ou un objet connu (pièce de monnaie, gant, piolet…), géolocalisez l'objet (GPS). Notez tous les détails qui vous paraissent intéressants : sur quoi ou dans quoi repose l’objet (éboulis, glace…), dans quelle position, quel état. Si l’objet est transportable sans dommage, vous pouvez le prendre avec précaution et le préserver dans un sac étanche, sans chercher à le sécher. Sinon, laissez-le en place. Dans tous les cas, il est très important de signaler votre découverte sans retard pour assurer une prise en charge rapide et une authentification de la part des professionnels.